jeudi 23 octobre 2014

« Stèle pour le sous-lieutenant Grunberg », le plus jeune résistant décapité par le régime de Vichy...


Il y a quelques années, un éditeur avait publié une collection de livres d’histoire intitulé « Les oubliés de l’Histoire ». Le livre de Benoît Rayski : Stèle pour le sous-lieutenant Grunberg aurait mérité d’y figurer en bonne place. En effet Isidore David Grunberg est tombé dans les oubliettes de l’histoire et pourtant il est le plus jeune résistant décapité par le régime de Vichy le 8 août 1942, il avait 19 ans...



Isidore David Grunberg est né le 27 janvier 1923 à Lvov en Pologne dans une famille pauvre et juive. Vu la montée de l’antisémitisme (plus ukrainien que polonais par ailleurs) sa famille immigre en France. Ils résideront d’abord à Saint Ouen, puis à Paris, rue Bouret (XIX arrondissement), rue Charonne pour revenir rue Bouret. Le jeune Isidore fut un élève brillant qui fit ses études au lycée Voltaire, alors en plein cœur du quartier juif. Il entre très tôt aux jeunesses communistes et milite en son sein. Le 30 novembre 1940, il est exclu du lycée pour avoir trois jours avant distribué des tracts contre le nouveau gouvernement Pétain. Il entre alors dans la clandestinité et entre dans l’Organisation Spéciale, un groupe de jeunes communistes, sacrifiés par le parti, dont le but était de combattre l’occupant.
Le 8 janvier, lors d’un contrôle d’identité, il tire et tue un brigadier de police Patrick Lécureuil. Ce dernier a droit à des obsèques nationales.
« Maurice », nom de code d’Isidore, est arrêté au métro Barbès suite à la dénonciation, sous la torture d’un de ses camarades (qui sera fusillé par les allemands). Bien que blessé par balles lors de son arrestation, Isidore Grunberg est (« durement ») questionné par la Brigade Spéciale de la préfecture de police, puis jugé par la section spéciale du tribunal de Paris qui le condamne à mort. Le lendemain il est exécuté dans la cour de la santé.
Benoît Rayski décrit les démarches de son père pour réhabiliter la mémoire de son fils. Démarches d’autant plus difficiles que le Parti communiste a eu une attitude plus qu’ambigüe vis-à-vis des anciens jeunes de l’Organisation Spéciale, d’autant plus quand ils étaient juifs et étrangers de surcroit. En plus Isidore Grunberg avait été condamné pour avoir tué un policier français et non un membre des forces d’occupation. L’auteur, dont le père fut un des responsables FTP-MOI, est sans concession dans sa condamnation de l’attitude du «  Parti des fusillés  » qui s’est permis de faire un tri parmi les victimes mortes pour avoir cru dans les idéaux qu’il véhiculait.
L’action de Mojsze Grunberg finit par porter ses fruits. Le 25 février 1953, il obtint un certificat d’appartenance à la Résistance qui eut pour conséquence la nomination de son fils, le 19 septembre 1962 au grade de sous lieutenant à titre posthume. Le 17 décembre 1968, la médaille de la résistance était attribuée à Isidore David Grunberg.
Benoît Rayski montre bien l’attitude des allemands qui laissent juger Isidore Grunberg par le gouvernement de Vichy car il a tué un policier français et qu’ils savent qu’il sera guillotiné. S’ils avaient eu le moindre doute, il aurait été fusillé comme otage par leurs soins comme un grand nombre de juifs étrangers qui crurent aux idéaux communistes.
Soit Isidore Grunberg est l’auteur d’un crime comme un représentant des forces de l’ordre, mais celles-ci, ne l’oublions pas, étaient avant tout une force collaborationniste totalement aux ordres de l’occupant. La rafle du Val d’hiv en est une preuve plus que probante.

Dans ce court livre se trouve aussi une abondante iconographie, quelques photographies, actes en lien avec la courte vie d’Isidore David Grunberg, mais aussi, deux magnifiques lettres de dénonciation (qui elles au moins sont signées) qui à elles seules montrent bien que plus d’un français eurent une attitude abjecte durant l’occupation, et le fac-similé de la demande de remboursement du cercueil d’Isidore Grunberg (44 euros).
A une époque où un polémiste reprend à son compte l’idée que Pétain s’est « sacrifié » pour « protéger » les français en 1940, cette courte biographique montre à elle seule qu’il n’en fut rien. Soit il a assassiné un gardien de la paix, et pour les tenants de cette théorie plus que fumeuse, la peine de mort doit être rétablie. Et puis, ce même journaliste n’y verra aucune contradiction avec ses idées, puisque Isidore Grunberg était d’origine juive polonaise et non un bon français de touche, comme si c’était une excuse pour expliquer la décapitation d’un jeune homme de 19 ans. Et c’est l’histoire qui lui donne tort, et pas que les travaux des historiens comme Robert Paxon, mais aussi la République qui nomma Isidore Grunberg sous lieutenant et qui lui décernera la médaille de la Résistance à titre posthume. Des titres que pas un condamné de droit commun ne se serait vu attribuer.

Par Félix Delmas

Stèle pour le sous-lieutenant Grunberg - Benoît Rayski - Éditions du Rocher. 14€
Fils d’Adam Rayski, responsable de la section juive des FTP-moi (Francs-Tireurs et partisans- Main d’œuvre immigrée) du PCF clandestin pendant la Résistance, Benoît Rayski est l’auteur de nombreux ouvrages, dont une dizaine d’essais sur le traitement historique du communisme et la mémoire de la Résistance, dont L’Affiche rouge et L’homme que vous aimez haïr.


Source Wukali