mardi 17 avril 2018

En Syrie, tout est réuni pour que l'escalade internationale dégénère à tout moment

 
Trump, Macron et May ont donc voulu punir Bachar al-Assad pour avoir une nouvelle fois utilisé des barils de chlore contre son peuple. Soit. Et après ? La question première lorsque l'on décide de l'emploi de la force est de savoir: 1) à quoi ça sert?, 2) comment on contrôlera ou pas les degrés suivants de l'escalade face à un ou plusieurs adversaires qui ne resteront pas inertes?, Enfin 3) comment on en sort ? L'ensemble s'appelle une stratégie......Analyse........
 

Dans l'affaire syrienne, le moins que l'on puisse dire est que l'on a peine à discerner le début du commencement d'une stratégie des Occidentaux en Syrie.
Depuis le début du conflit syrien il y a sept ans (!), Américains et Européens ont accumulé erreurs et hésitations, espérant d'abord que Bachar allait tomber tout seul (comme Ben Ali ou Moubarak), soutenant ensuite les milices sunnites anti-régime, théoriquement "démocratiques", en armes et en argent, avant que la plupart d'entre elles ne s'évaporent dans une myriade de groupes armés islamistes, pour se résigner en bout de course à sous-traiter, faute de mieux, la lutte contre Daech aux seuls combattants kurdes, ceux-là mêmes que nous abandonnons aux Turcs à présent à Afrine...
Au final, cette spirale sans fin d'hésitations et d'erreurs n'aura abouti qu'à laisser les Russes, les Iraniens et les Turcs contrôler seuls le terrain. A tel point que les Occidentaux, pour la première fois dans l'Histoire moderne du Proche-Orient, sont tout bonnement exclus des processus diplomatiques, dominés par Moscou, Ankara et Téhéran.
Quant à la Russie, expulsée du Moyen-Orient en 1973 par Kissinger, elle y fait désormais son grand retour.
La même palinodie s'est répétée sur les armes chimiques.
A l'été 2013, la fameuse "ligne rouge" d'Obama a fait "pschitt": l'intervention militaire prévue s'étant transformée en un tour de passe-passe diplomatique mené de main de maître par Poutine.
Il y a un an, Trump marquait son arrivée au pouvoir par un tir de 59 missiles de croisière sans le moindre effet. Et il y a quinze jours tout juste, le même Trump annonçait qu'il souhaitait se retirer d'urgence de Syrie ("sous 48 heures" avait-il même ordonné, selon mes informations, à son Ministre de la Défense James Mattis). La semaine dernière, il menaçait directement la Russie par tweet "Prends garde Russie...".
Aujourd'hui, il bombarde entouré de ses alliés franco-britanniques. "Mission accomplie" a proclamé, toujours par tweet, Donald Trump au lendemain du raid. Mais laquelle ?
En quoi la centaine de missiles tirés dans la nuit de vendredi à samedi constitue-t-elle l'ébauche d'une nouvelle stratégie occidentale en Syrie, conduisant au règlement du conflit?
Car, au-delà des seules armes chimiques qui n'ont tué qu'une petite fraction des 300.000 victimes de cette guerre, toutes massacrées par des armes classiques, c'est bien de la fin de cette guerre dont il devrait être question.
Or, s'agissant des États-Unis, malgré les assurances du Président Macron dimanche soir qui prétend avoir convaincu son homologue américain de rester en Syrie, le flou artistique le plus total continue de régner à Washington.
La Maison Blanche a même cru devoir démentir les propos du Président français quelques heures après son interview télévisée: l'Amérique n'entend pas rester en Syrie, son seul objectif étant de finir de détruire Daech au plus vite...
Tout le problème est que sans la menace d'un engagement américain au sol et de surcroît dans la durée, la seule chose que craigne vraiment Assad, ce dernier ne pourra que poursuivre méthodiquement la reconquête de son pays, avec le soutien de ses alliés russe et iranien.

Votre avocate en Israël... 

Au final, tout au plus pourra-t-on espérer, peut-être, que le raid du week-end dernier le dissuadera d'utiliser à nouveau l'arme chimique pour réduire la région d'Idlib, le dernier réduit de la rébellion.
Conséquence aussi paradoxale qu'ironique, le raid occidental aboutit en fait à conforter Assad et non l'inverse, le Président français ayant même pris soin de dire que la France "n'a pas déclaré la guerre au régime syrien".
Si l'opération militaire du week-end dernier ne signale donc aucune volonté américaine nouvelle, on voit mal comment la Russie en tirerait la conclusion qu'elle doit changer de stratégie en Syrie, et se résoudre à rechercher avec nous, les Occidentaux – et nous Français en particulier – une sortie de crise politique.
C'est pourtant le calcul d'Emmanuel Macron, qui sur un point a raison: la Russie ne respecte en effet que les rapports de force. Mais précisément! La conduite même du raid qui a soigneusement évité (heureusement d'ailleurs!) tout risque de contact ou de victimes parmi les forces russes ou sa défense anti-aérienne, ne peut que conforter le Kremlin dans l'idée que la Russie est désormais incontournable au Proche-Orient et que rien ne peut se faire sans elle. Emmanuel Macron attend des concessions de Poutine fin mai, lors de son déplacement à Saint-Pétersbourg.
Mais pourquoi Moscou en ferait-il, alors même que Washington ne cesse d'aggraver les sanctions contre la Russie (après l'affaire Skripal), et que Trump, poursuivi chez lui par le FBI et la presse sur les accusations de collusion russe dans sa propre élection ne peut en rien contrer l'hystérie anti-russe qui domine désormais à Washington.
Comme l'Occident n'a rien à offrir – ni sur les sanctions, ni sur la reconnaissance du fait accompli en Ukraine – le plus probable est que la propagande du Kremlin ne s'amplifie à l'intérieur comme à l'extérieur.
Vu de Moscou, ce nouvel emploi de la force occidentale, sans mandat de l'ONU, vient, après le Kosovo ou la Libye, utilement conforter la croyance que l'Occident et l'OTAN ne cherchent qu'à humilier, à agresser la Russie, voire même à obtenir un changement de régime. Si les Occidentaux s'arrogent le droit d'appliquer seuls, et par la force, ce qu'ils considèrent comme étant le droit international, en quoi l'annexion de la Crimée ou l'intervention au Donbass seraient –elles interdites au pouvoir russe?
Idem à Téhéran, où l'on ne se fait plus guère d'illusions sur la poursuite de l'accord sur le nucléaire (JCPOA), dont Trump s'apprête à se retirer le 12 mai prochain. Non seulement les Iraniens auront encore moins l'intention de se retirer de Syrie, mais il est à craindre que la pression exercée par eux depuis la Syrie contre Israël, avec le Hezbollah et la Hamas, ne s'accroisse encore plus, aboutissant à un horizon proche, à un vrai risque de guerre entre Israël et l'Iran. Ceci sans parler de la guerre par procuration au Yémen, contre l'Arabie Saoudite alliée des États-Unis...
Quant aux Turcs d'Erdogan, ennemis des Kurdes encore plus que de Bachar, ils font mine d'appuyer les bombardements occidentaux, qui justifient en creux leur propre occupation militaire des régions nord de la Syrie.
Tout est donc réuni dans ce triste champ de ruines qu'est devenue la Syrie, théâtre d'affrontements d'au moins sept armées rivales, dont six étrangères (!), pour que l'escalade ne dégénère à tout moment. Loin d'ouvrir la voie à une hypothétique relance du processus diplomatique, il est à craindre que cette intervention militaire n'entérine en fait la poursuite d'une guerre que les Occidentaux ne contrôlent plus en rien.
Avions-nous, dans ces conditions, vraiment besoin de plonger directement dans ce chaudron ? Les exemples afghan, irakien, libyen et avant cela, celui des Balkans au début du XXe siècle, ne nous auront-ils donc rien appris ?

Source Huffingtonpost
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